couv_Ce_que_je_sais_de_Vera_Candida

Après, Le coeur cousu     je m'étais dit qu'un roman sur les femmes ( encore ) allait avoir bien du mal à relever le défi... Et oui, c'est ainsi, le plaisir ( ou les déceptions )  de nos lectures  sont liées aussi parfois à ce que l'on a découvert juste avant, ou juste après, et un roman pourtant superbe peut parfois s'avérer décevant en comparaison avec une lecture précédente.

Donc, c'est une histoire de femmes, une histoire de mères et de filles, une histoire d'hérédité et de malédiction aussi...

C'est l'histoire d'un retour, à la terre, aux origines, d'une femme sur le point de mourir. Une femme qui, un peu instinctivement, d'une manière presque animale, revient pour son dernier voyage au village qu'elle avait fui à 15 ans  .

Mais que sait-on de Vera Candida?

C'est un récit rétrospectif qui nous livrera son secret... Mais d'abord, il nous faudra connaître sa grand-mère.  Car au commencement était Rosa Bunamente... Prostituée au grand coeur, pêcheuse de poissons aux mains rudes...

Puis du ventre de Rosa naquit Violette, et de Violette naquit Vera et la malédiction continua...

Et c'est pour briser cette fatalité que Vera s'enfuira. Mais peut-on vraiment briser son destin?   

Un roman de femmes donc, un roman de femmes qui accouchent de femmes. Un monde où les hommes lâches et  violents n'ont pas la part belle... 

Pourtant j'ai aimé la façon dont sont traités les personnages masculins tout au long du roman... Car dans ce livre c'est par l'homme que la faute arrive... mais c'est un homme aussi qui sauvera Vera de la malédiction. Jeronimo le pécheur, Itxaga le rédempteur...

Une histoire d'amour aussi, celle de l'amour maternel mais aussi celle de ce couple si beau et si fort que forment  Vera et Itxaga. 

Un style simple, pur, des phrases qui coulent comme le sang dans les veines.

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L'odeur de Monica Rose faisait chavirer Vera Candida. Elle s'asseyait près de sa fille et plongeait le visage dans ses cheveux. Ils sentaient le sel et l'iode, le vent et quelque chose de plus souterrain et mammifère, comme la sueur d'un minuscule rongeur ou bien d'un petit loup. Monica Rose sentait la fourrure. Vera Candida se disait toujours, Comment ferai-je quand je serai une très vieille femme, que je n'y verrai plus, que je tenterai de me souvenir de cette odeur. Elle s'efforçait d'enregistrer comme sur des cylindres d'argile les sensations liées à sa fille : la main de la petite dans la sienne, la façon dont Monica Rose serrait son cou avec ses bras aussi fins que des roseaux, elle serrait serrait en y mettant toute sa minuscule force, et c'était inenvisageable de ne plus être deux un jour, c'était si injuste que cela paraissait impossible.

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Elle écrivit, Jetaimejetaimejetaimejetaimebillythekid.

C'était une habiture qui remontait aux premières années de leur vie commune. Ils se laissaient des petits mots collés-collés, le seul moyen de les comprendre était de les lire tout haut, ils jouissaient de la difficulté qu'ils avaient à les déchiffrer, ils rigolaient et s'enthousiasmaient, persuadés d'avoir inventé quelque chose, aucune espace blanc jamais ne venait contaminer la page, leur parole était une déclaration continue qui ne pouvait être interrompue.

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  Les avis de Stéphie , Leiloona, Mango, Antigone, qui ont aussi apprécié,  Esmeraldae qui a été moins enchantée et de nombreux autres liens chez  BOB