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On entre dans ce livre comme une promenade en forêt : cela sent l'humus, le paysage est brumeux, les branches craquent,  les ombres sont magiques...

Guy de la Valdène nous entraîne en Normandie dans les années soixante. Dans un petit village  se côtoient deux mondes : les paysans de cette rude contrée, rustiques, chasseurs, souvent braconniers  dans ce pays miséreux où l'on boit comme l'on respire...   et le château de Merlecourt qui abrite le comte de Costebelle et sa famille.

Vincent Lebuisson est un bâtard. Pire, sa mère est accusée de s'être compromise avec l'ennemi allemand pendant la guerre et Vincent subit en les conséquences, provoquant la méfiance des villageois. Bien difficile de trouver sa place parmi les siens alors que sa mère est embauchée en tant que femme de chambre au château et qu'il est quasiment élevé avec les enfants Costebelle.

A ce titre Vincent est un être à part... Son rapport avec la nature est empreint de sensualité, son éducation l'exclut du monde rustre d'où il est originaire, sans être pourtant assez digne de faire partie à part entière du monde du château...

Alors, quand Serge, le garde-chasse du château et  oncle de Vincent est sauvagement assassiné, ce dernier devra courir après la vérité avec la seule aide de son ami Ragondin. Mais les secrets du village sont bien plus obscurs qu'ils ne le laissent paraître....

Je me suis régalée avec cette lecture.

La construction narrative est recherchée : le lecteur est promené dans les secrets de chaque personnage. Retours en arrière, récits enchassés, font de cette histoire une intrigue complexe et captivante.

La description du monde paysan, de ses perversités, de ses misères et de ses richesses touche au style du mouvement réaliste. 

La description de la nature est marquée par une grande sensualité. Sous la plume de Guy de la Valdène la chasse, la pêche, une simple promenade en forêt  devient une histoire d'amour entre l'homme et la terre.

Le style tient tout à la fois de celui de Pagnol, Giono et Maupassant réunis.

" Avant de se coucher, il alla jusqu'au bord de l'Eure et tâta la température de l'eau avec sa main.  Une mince couche de brouillard en dissimulait la surface. Sans réfléchir, il se déshabilla et entra dans l'eau. Ses pieds s'enfoncèrent dans la vase avant d'atteindre la fermeté du fond du gravier. Il frissonna. La température de l'eau avait suivi le changement de saison.

Pendant des années, quand arrivait l'été, Vincent allait presque toutes les nuits se baigner nu dans la rivière. Peut-être parce qu'il était sourcier et prévoyait la pluie, il avait surmonté sa crainte des eaux sombres. Il faisait partie de la rivière au même titre que les poissons. Certaines nuits, quand la lune était pleine et que les chouettes chassaient à ras des champs, il ne sortait pas de l'eau avant le lever du soleil. Maintenant, même la vase qui au début le dégoûtait lui inspirait une excitation insolite. Un samedi soir, après le bal, il avait ôté ses vêtements, s'était allongé à plat ventre dans un remous, la poitrine posée sur l'herbe chaude de la rive, et avait fait l'amour à la vase."

Un roman où la nature est un personnage à part entière. 

Sur le site de l'Express on peut lire une interview exclusive de Guy de la Valdène par son ami l'écrivain Jim Harrison ICI.

****Le Beau Revoir : Le "revoir" est un terme de vénerie qui désigne l'empreinte laissé par l'animal que l'on chasse

Merci à 43171708 et au  LGF_logo_Gpour cette découverte !!