Tout commence sur le lit d'un hôpital. Un homme est là, en fin de vie, dans cette attente insupportable d'être délivré de cette condition humiliante d'être alité et de ne plus maîtriser son propre corps. A l'aube de sa mort, un seul souvenir lui revient en mémoire...

_les_marecages_Joe_R_Lansdale_mAu début des années trente, au Texas, Harry a treize ans. Avec sa soeur Tom, ils jouent et parcourent les alentours de leur maison. Ici, on vit pieds nus, la nature est hostile, les marais qui s'étendent dans ce coin de pays un peu oublié regorgent d'insectes suceurs de sang, l'air est moite...

On vivait en pleine forêt, près de la Sabine, dans une maison blanche de trois pièces que mon père avait construite avant ma naissance. Il y avait une fuite dans le toit, pas d’électricité, un poêle à bois qui fumait, une grange branlante un peu plus loin, une véranda où on dormait l’été, protégés par une moustiquaire rapiécée, et un W.C. extérieur que les serpents avaient adopté.

Au cours d'une de leurs promenades, Harry et Tom se perdent dans les bois et la nuit tombe. Les bruits s'intensifient, il semble qu'une présence les suivent. Et ils débouchent sur l'horreur : un cadavre de femme en décomposition, bâillonnée et ligotée avec des barbelés.

C'est tout naturellement le père d'Harry qui va tenter de mener l'enquête car en plus de son métier de coiffeur il a accepté la charge de constable. Il est donc l'unique représentant d'une forme de loi dans cette contrée.

La tâche sera lourde cependant, car le corps retrouvé est celui d'une femme noire, à une époque où le Klu Klux Klan règne et où les lynchages sont forme de justice.

J'ai adoré ce roman policier. Pour l'enquête d'abord, qui est riche en rebondissement, mais surtout pour l'ambiance. C'est un voyage dans une végétation oppressante. Ce type de lieu qui forment des caractères d'une autre trempe. C'est un voyage dans une époque où les mentalités commençaient juste à évoluer avec toutes les difficultés que cela implique. La question du racisme, des inégalités est au coeur du roman. Les portraits sont saisissants de réalisme et l'aspect psychologique tient la grande part du récit.

Ecrit du point de vue d'un enfant, ce roman moderne nous rappelle parfois les vieilles peurs que nous inspiraient  les contes à la Haensel et Gretel... Du point de vue du vieillard réduit à une simple pensée dans un lit froid, c'est l'histoire d'un passage vers l'âge d'homme.

"Est-ce qu'une histoire de serial killer peut être écrite du point de vue d'un enfant et être à la fois un roman effrayant et charmant? Sous la plume de Joe R. Lansdale, la réponse est un "oui" sans détour." Publishers Weekly