L'une est silence...   l'autre regard. 41E6HSEWK2L__SS500_

Toutes deux murées.

Silence des mots, silence des gestes, silence du corps. Elle navigue dans sa maison. Sans image. Gestes mécaniques.
Murée dans son imbécilité. L'abrutie, la demeurée. L'idiote du village.
La mère.

Elle regarde, elle écoute, elle touche. Elle est  l'autre moitié. Elle est la seule. Elle est celle qui est née de la mère, d'un unique mot prononcé: "Luce".  La fille.

A elles deux elles forment un monde.

Entre elles,  il y a l'amour : un amour irraisonné, instinctif, animal. Sans geste et sans parole.

Mais le monde extérieur viendra frapper à la porte par l'intermédiaire de l'intitutrice.  Il faudra aller à l'école. Il faudra apprendre. Luce devra rapporter à la maison l'étrange. L' harmonie sera alors fragilisée.

Ce court roman se déroule comme à huis-clos : huis-clos de pensées, huis-clos des personnages. Aucun dialogue. C'est un roman qui fait entendre le silence.

Chaque personnage est confronté à sa vision du monde. Il lui faudra évoluer.

Ainsi, la demeurée qu'on appelle la Varienne, mère instinctive et fortement présente devra apprendre l'absence. Solange, l'institutrice passionnée, celle pour qui le savoir doit être accessible à tout le monde, celle qui sera la seule à croire en la petite, à ne pas la considérer comme demeurée car fille de demeurée, devra apprendre à voir ce que les autres ne voient pas.

Luce quant à elle va apprendre à grandir. Et grandir, c'est accepter les mots, accepter de sortir du silence.

C'est un roman extrêmement touchant que nous livre Jeanne Benameur. Un roman sur l'amour maternel et filial. C'est aussi l'histoire d'un drame, un drame qui permettra l'envol d'un oiseau.

Ce roman se lit vite, peu être trop vite. Mais quand il est refermé, il laisse une trace, visiblement.

LES AVIS DE STEPHIEMOKA et LEILOONA.

Quelques mots :

"  Les gestes de Mademoiselle Solange quand elle ramasse les cahiers sur les pupitres ont alors l'engourdissement de ce qui ne comprend pas".

"On a vu la Varienne s'arrêter sur la place du village, elle qui n'y vient jamais sans son panier. Les deux bras ballants, devant l'édifice qui lui avait dévoré sa petite, plantée devant la grande grille refermée, elle est restée. Demeurée, c'est l'autre nom pour l'abrutie qu'elle est."

" Elle ne sort plus rien de son cartable. Elle le laisse près de la porte. L'école n'existe pas. Entre la mère et la fille, le pacte, total."